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Les statues semblaient animées, et les hommes paraissaient pétrifiés. Çà et là, des yeux brillaient dans le creux des piliers, la pierre jetait des regards, les marbres parlaient, les voûtes répétaient des soupirs, l’édifice entier était doué de vie.

Maitre cornelius – Honoré de Balzac

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Je suis une force du Passé
Tout mon amour va à la tradition
Je viens des ruines, des églises,
des retables d’autel, des villages
oubliés des Apennins et des Préalpes
où mes frères ont vécu.
J’erre sur la Tuscolana comme un fou,
sur l’Appia comme un chien sans maître.
Ou je regarde les crépuscules, les matins
sur Rome, sur la Ciociaria, sur le monde,
comme les premiers actes de la Posthistoire,
auxquels j’assiste par privilège d’état civil,
du bord extrême de quelque époque
ensevelie. Il est monstrueux celui
qui est né des entrailles d’une femme morte.
Et moi je rôde, fœtus adulte,
plus moderne que n’importe quel moderne
pour chercher des frères qui ne sont plus.

Pier Paolo Pasolini

 

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SALVE RUINA – les ruines du progrès

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Jure Georges Vujic, écrivain franco-croate, politologue et contributeur de Polémia, vient de signer une exposition de photographies qui s’est tenue à Zagreb au Musée de l’archéologie du 12 septembre au 8 octobre dernier. L’exposition sous le titre de SALVE RUINA – les coulisses de la mémoire est un travail à la fois esthétique et philosophique, mais aussi une méditation sur le statut et le devenir des ruines. Nous reproduisons ici pour nos lecteurs le texte de sa recension.
Polémia

La ruine-vestige genre artistique

Les ruines nous restituent la part de l’éphémère qui réside dans la nature et l’existence humaine. Entre « histoire et devenir » oubli et anamnèse, plaisir et nostalgie de la perte, les cendres et les ruines dans une symbiose singulière témoignent du passage du chaos au cosmos, de la destruction et l’autodestruction de la mémoire, à l’oubli radical. Les ruines sont aussi un espace de silence et de méditation sur l’identité, de l’absence de l’altérité, l’inconnu et le néant.

La pierre brute, à travers le travail de transformation en monument-sculpture, en fragments archéologiques ou en vestiges-reliques, reste imprégnée d’une «mimesis» qui nous renvoie paradoxalement à nos origines par le biais de la disparition, la trace et la mémoire. Dans la mesure où les ruines ont un langage esthétique et poétique particulier, elles constituent toujours au cours du temps les coulisses de notre mémoire.

Bien sûr, comment ne pas évoquer le statut de la ruine en tant que genre et paradigme artistique, qui tout au long du XIXe siècle rend compte d’un rapport subtil et continuel entre paysage et ruines. La peinture occidentale avait pour effet d’attribuer à travers les ruines un caractère pittoresque au décor. Puis, la ruine, représentant un édifice inexorablement voué à la disparition, à la dégradation par le temps, symbolisait l’idée de déclin ou la décadence. La mise en allégorie de la ruine omniprésente qui hante tant les tableaux de Caspar David Friedrich ou de William Turner en tant que coulisse, représente la mise à mort voire la mise en abîme progressive du grand genre historique. Mais c’est surtout avec John Ruskin que la ruine acquiert le statut d’un médium métaphysique et philosophique, la ruine étant intimement liée, tout comme l’est l’architecture ; avec l’oubli, chez Ruskin, la ruine parvient à une dimension mémorielle qui dépasse la simple fonction de remémoration.

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Les ruines progrès du monde contemporain

Le paradoxe – et le tragique à la fois – de notre époque est qu’elle est incapable de produire des ruines, en dépit du progrès matériel et technique. L’époque contemporaine, dans son obsession du gigantisme et de la forme marchande, ne produit que des déchets-débris en nasses, qui disparaissent au moment même de leur chute sans mémoire, sans identité propre. La ruine contemporaine, c’est le spectacle des montagnes d’acier des gratte-ciel pulvérisés tels un château de cartes (Twin Towers), ou bien le paysage désolant des immeubles détruits par les machines de guerre. C’est ce que constate Marc Augé dans son essai Le Temps en ruines, lorsqu’il relève le paradoxe suivant : « Sans doute est-ce à l’heure des destructions les plus massives, à l’heure de la plus grande capacité d’anéantissement, que les ruines vont disparaître à la fois comme réalité et comme concept » avant d’ajouter, quelques pages plus loin, « Les ruines ne sont plus concevables aujourd’hui, elles n’ont plus d’avenir, si l’on peut dire, puisque, précisément, les bâtiments ne sont pas faits pour vieillir, accordés en cela à la logique de l’évidence, de l’éternel présent et du trop-plein ». Si, en effet, les ruines tendent à disparaître de nos villes, remplacées par les « non-lieux » indifférenciés de notre monde globalisé; si elles ne sont plus le patient lacis de la nature et de la culture qui suscitait les rêveries mélancoliques des Diderot, Chateaubriand ou Novalis sur le « passage du temps », les ruines évoquent pour nous la fulgurance et la mémoire endeuillée de la destruction, celle que l’on associe aux noms de Guernica, Dresde ou Nagasaki et aux dates du 6 août 1945, du 11 septembre 2001.

Les ruines contemporaines sont à l’image des cataclysmes de films hollywoodiens, de l’hyper-réalité des catastrophes récentes et à venir. Elles appartiennent à un no man’s land temporel, un non-lieu sans histoire ni passé ; elles sont le reflet d’un présent transfiguré et exalté par une promesse millénariste et apocalyptique du salut. La ville sinistrée, bombardée, l’espace calciné et déserté de la guerre sont ses clichés quotidiens, un écran omniprésent qui a colonisé l’imaginaire collectif occidental. Il s’agit de ruines qui ne sont plus les allégories de l’antique, du vestige, mais les ruines du blockbuster dystopique, la ruine traumatisante du terrorisme du 11-Septembre, la ruine apocalyptique de Tchernobyl, vecteurs d’une imagerie hyper moderne de la désincarnation, d’une césure. Il s’agit bien ici des ruines du progrès évoquées par Walter Benjamin. « Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant », écrivait Rimbaud comme en écho au noir prophétisme des Fusées de Baudelaire : « Le monde va finir » que Baudelaire décrivait comme une « extase de gobe-mouches » alors que Georges Sorel associait le progrès à « l’idéologie des vainqueurs », les ruines d’un progrès destructeur et autodestructeur. Les ruines du progrès contemporain sont bien les symptômes d’une crise majeure de la civilisation moderne si bien décrite par Julius Evola dans son livre Les hommes au milieu des ruines, les ruines étant à la fois mentales, culturelles, spirituelles, idéologiques, politiques et sociales.

Les travaux photographiques de Jure Georges Vujic rendent très bien compte de ce paradoxe : la ruine-vestige n’est plus cette image d’une colonne majestueuse à l’antique, mais subsiste éternellement à l’état brut sans intervention de l’homme dans la splendeur des falaises, dans la rocaille et les tumulus, dans une ruine qu’il faut savoir déchiffrer à travers les stries et les sédiments du temps.

Jure Georges Vujic
17/11/2017

Correspondance Polémia – 08/12/2017

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« Nous n’attendrons plus les barbares », nouveau livre de Jure Georges Vujic

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Nous n’attendrons plus les barbares – Culture et résistance au XXIe siècle

Jure George Vujic est un écrivain franco-croate, avocat et géopoliticien, diplômé de la Haute école de guerre des forces armées croates. Directeur de l’Institut de géopolitique et de recherches stratégiques de Zagreb, il contribue aux revues de l’Académie de géopolitique de Paris, à Krisis et à Polémia. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dans le domaine de la géopolitique et de la politologie.

Illustré par des vers du poète grec Constantin Cavafy, En attendant les barbares, J.G. Vujic entame son propos par un constat terrible : les barbares, que la Rome décadente attendait comme une forme de délivrance, qui étaient « une sorte de solution », ne viendront pas car ils sont déjà là, « établis et bien présents dans toutes les structures de la société dite civile, dans les médias, dans les institutions politiques et culturelles ». Le constat est pire encore : les barbares sont en nous, il ont « colonisé le mental, l’imaginaire individuel et collectif européen ». Ils ont été « une sorte de solution » aux différentes crises, culturelles, idéologiques et surtout économiques que le siècle passé a traversées. Mais cette « solution » s’est faite contre les peuples, contre leurs identités profondes, contre leurs âmes, en brisant les liens qui les enracinaient dans une histoire, dans une religion, dans une culture. Et c’est précisément parce que nous sommes devenus ces barbares que la refondation de la société ne pourra se faire que par une refondation de l’esprit, au travers d’une contre-culture authentiquement résistante, antithèse de la culture dominante prétendument émancipatrice, mais en réalité mortifère et au service du marché, et qui, sous couvert de libération, détruit toutes les valeurs qui ont forgé l’ossature de l’humanité.

http://www.kontrekulture.com/produit/nous-n-attendrons-plus-les-barbares

La postmodernité, nouveau cadre du sytème ?

 

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Copyrights photo Jure Vujic

Par Jure georges Vujic, écrivain franco-croate, dernier livre: La Modernité à l’épreuve de l’image / L’obsession visuelle de l’Occident », aux Editions l’Harmattan, Paris, 2012. L’artice a été  publié  dans la revue Eléménts numéro 153

 

L’histoire des civilisations et l’ anthropologie culturelle ont plus d’une fois démontré que chaque civilisation s’enracine dans une certaine vision du monde, une „Weltanschaung“ singulière, qui repose sur un système de croyance, idéologique ou religieux. Ainsi, la culture d’une nation, son mode de pensée, son mental, est indéniablement imprégnée par son héritage culturel et historique , son système d’éducation, et son système juridique et politique spécifique. Ainsi, afin de mieux comprendre une société, on se référe à la vision du monde qui la fonde, qui lui donne un sens en quelque sorte. Au Moyen Âge la religion chrétienne était le système de pensée dominant, alors que le siècle des Lumières et l’avènement de la modernité rationaliste et scientiste, ouvrira la voie au XXe siècle aux grands systèmes de pensée ideéologiques totalitaires et matérialistes, les fameux grands récits de la modernité (» ( en tant que grands modèles de compréhension et d’interprétation de l’histoire ) exposé parle J.F. Lyotard tels que le nazisme, le capitalisme ou le marxisme. A la fin du XXème siècle , la grande mode est á la postmodernité, qui remet en cause le système de pensée moderne fondé sur le progrés linéaire et illimité. Ainsi, la vision du monde postmoderne se propose de déconstruite le mythe moderne du progrés, tout en liquidant la nécessité et le credo parfois irrationnel, des grands projets politiques collectifs. Cependant, on pourrait très bien dire que la postmodernité étant elle même héritière des Lumières, révèle la crise d’identité de la modernité, car tout en étant une réaction au système moderne, elle serait aussi la continuation de la réaction moderne à l’héritage judéo-chrétien. Sur le plan intellectuel et philosophique, la postmodernité est á l’ heure de la déconstruction incessante, de la dé-responsabilisation et du relativisme absolu. On parle volontiers de polythéisme des valeurs pour rendre compte de la prolifération des syncrétismes idéels et du bricolage idéologique. Le genre littéraire et philosophique „post-iste“ a fait de nombreux émules dans le monde anglo-saxon, où l’on a vu se transposer la thèse de la fin des grands récits dans les relations du travail , (J. Rifkin), et dans l’idée même de l’histoire » (F. Fukuyama), dans le domaine idéologique du post-marxisme, avec l’Adieu au prolétariat d’ André Gorz. Plusieurs penseurs dans le sillage des thèses endistes et post-nationales prophétisaient alors la fin de l’histoire unitaire estimant que la dynamique propre au marché libéral et l’interdépendance des économies mondiales effacerait la différences culturelles et nationales et rendrait inutile la persistance des Etats. Il s’agissait lá d’une postmodernité qui s’inscrivait dans le droit fil de la pensée iréniste des utopies planétaires qui rêvaient de l’unification de l’humanité. En tant que véritable icône de la pensée postmoderne, le philosophe italien Gianni Vattimo s’oppose á la constitution de toute forme de Weltanschauung, de grands sytèmes de pensée intégrateurs et structurants. Par   pensée faible, le philosophe italien sous-entend une penseée   post-métaphysicienne qui s’oppose aux catégories „fortes“ et aux légitimations totalisantes, et qui a renoncé à une fondation unique, ordonnatrice et normatifve. Ainsi, le passage de la modernité á la postmodernité se révèlerait á travers le passage d’une pensée  » forte « , à une pensée faible ». Vattimo est persuadé que les « grands récits légitimants de la modernité font partie d’une forma mentis « métaphysique » et « fondationnaliste » à ce jour dépassée. La  » pensée faible  » de Vattimo serait en quelque sorte une forme de deuil de la modernité, et représenterait une acceptation sereine du déclin de la métaphysique occidentale, accomplie avec l’œuvre de Friedrich Nietzsche, mais aussi une prise de position consciente pour une déresponsabilisation de la philosophie post-moderne. Même si le déclin de l’Occident en fait sanctionne la perte d’unité de la narration culturelle et civilisatrice,  on peut légitimement se poser la question si cette volonté individualiste de renonciation au fondement, est suffisante à exorciser les manifestations résiduelles de l’idéologie, et l’irruption parfois violente du cours de l’Hybris historique.

 

Est-ce que la postmodernité est vraiement exempte de toute structures idéologiques ? On constate qu’á l’époque contemporaine, le besoin et la demande du spirituel est propice au foisonnement parfois anarchique de religions de substitut. Ainsi les grandes idéologies de la modernité ( sous la forme de postmarxisme, postfascisme, postcapitalisme ) fonctionnent encore á l’état latent, prophylactique, grégaire et si elles ont bien perdu de leur force d’attraction et leur valeur sociale d’intégration, il n’en demeure pas moins qu’elles subsistent en tant que sotériologies et en tant que véritables religions séculières auxquelles font référence Raymond Aron et Eric Voegelin. D’autre part, il n’est pas certain que la condition postmoderne ait définitivement liquidé le fait ideologique en tant que facteur de mobilisation et vecteur d’appartenance identitaire. La notion d’idéologie est d’abord un instrument de démarcation. Elle sert à rejeter la pensée de l’adversaire stigmatisée comme une pensée dangereuse. Elle sert en outre à dénoncer une forme pathologique de la pensée dont il serait urgent de guérir. Ainsi lon se souvient des theses de Karl Mannheim dans son grand livre Idéologie et utopie, écrit en 1929[1], lequel explique que l’idéologie est souvent le fruit d’un un contexte polémique ou la légitimatation de la force implique la dévalorisation et la disqualification de la pensée concurrente. En effet, l’idéologie que Destutt de Tracy dans son Mémoire sur la faculté de penser (1796)[2],   qualifie de « science des idées », (qu’il entend substituer à la métaphysique) est toujours l’idéologie de l’autre et cosubsantielle á l’idée du social, du vivre-ensmeble, et Mannheim propose de voir dans l’idéologie l’état normal de la pensée en enracinant celle-ci dans l’être social. Dans cette perspective négative, la penseée faible, en tant que produit de la postmodernité avec ses attibuts hyper-individualistes, a-historiques et anti-métaphyisques, pourrait très bien constituer elle même une idéologie, en tant que structure conflictuelle qui serait destinée á détruire et discréditer d’autres sytèmes de pensée concurrents ou tout simplement antagonistes á l’Occident postmoderne. D’autre part Jean-Pierre Dozon, remarque avec pertinence que «  le diagnostic de la fin des grands récits est une forme de discours qui ne parvient pas à renoncer à un certain « occidentalo-centrisme » ( voir article : http://penserglobal.hypotheses.org/74) . En effet, la scène internationale, et les nombreux conflits contemporains de l’Ukraine au Moyen-Orient , mobilisent hors du champ épistèmologique de la postmodernité occidentale, des dispostifs uchroniques, idéologiques et religieux qui parfois semblent appartenir á la pré-modernité : : (tout comme le projet djihadiste d’un Califat islamique mondial)..D’autres grands récits non- occidentaux ou bien anti-occidentaux, qui’ s’éveillent au travers la multipolarisation : l’hindustan indien, la pan-africanisme , le Bolivarisme continentaliste sud-américain, l’eurasisme Poutiniste russe néoimperial, même si pour certains sont souvent issus de la modernité occidentale, rejettent l’anti-essentialisme et l’a-politisme économiciste et l’individualisme   iréniste de la postmodernité occidentale .D’autre part, même si les ressorts mobilisateurs de l’idéologie au sens moderne du terme, ont perdu de leur vigueur, dans une société atomisée et fragmentée, où l’homme-masse au sens d’Ortega y Gasset n’existe plus, on assiste stupéfait dans l’affaire Ukrainienne et au Moyen-Orient á la résurgence des vieux réflexes idéologiques, identitaires et ethno-confessionnels ( « le chacun chez soi » ), qui en quelques jours ont fait voler en éclat des entités étatiques multinationales dont la postmodernité faisait autrefois l’éloge. D’autre part les Etats Unis, puissance postmoderne de tutelle, est elle-même confrontée comme on l’a vu lors des émeutes inter-raciales de Ferguson aá des replis et des lignes de fractures raciales et communautaristes, que la postmodernité croyait avoir proscrit, grâce aux biens faits pacificateurs du marché et de la société de consommation. Il serait loisible de vérifier la pertinence de la thèse postmoderne sur l’écroulement des systèmes de pensée modernes dans le cadre de l’outillage conceptuel contemporain des relations internationales. Ainsi, même si l’on parle volontiers et parfois trop aisément de l’archaisme du fait national et du fait polémologique lui-même,   de la fin du modèle moderne de l’Etat-nation, le débat postmoderne sur le pouvoir politique porte toujours sur la capacité d’exercer la souveraineté, la capacité d’exercer une action sur la scène internationale. A ce titre, il est intéressant de se référer á la théorie élaborée par Robert Cooper[3], pour lequel il existe aujourd’hui dans les relations internationales trois grands types d’États : l’État prémoderne ,tels que l’Afghanistan, le Libéria, la Somalie qui renvoient a des États fragiles, instables et chaotiques   et qui n’ont pas la capacité d’exercer le monopole de la violence légitime, telle qu’elle a été définie par Max Weber. Le deuxième type d’État est l’État moderne , catégorie qui se réfère á des États qui, très attachés à la notion d’État-nation et á la souveraineté nationale ( Cooper cite la Chine), qui peuvent prétendre encore détenir le monopole de la violence légitime , et troisième catégorie l’État postmoderne., qui renvoie aux vieux États occidentaux ayant globalement rejeté l’usage de la force pour régler leurs différends, et dont la sécurité repose en grande partie sur la transparence de leur politique étrangère, sur l’interdépendance des économies et sur un système de surveillance réciproque. Cette classification très en vogue dans les milieux universitaires et diplomatiques, semblent cependant souffrir de lacunes Ainsi l’on pourrait par raccourci   penser qu’á ces trois types Etats correspondent trois systèmes de pensée dominants pré-modernes, modernes et postmodernes. On pourrait aussi penser naivement que la raison d’État de Machiavel dans les Etats postmodernes a cédé la place à une conscience morale appliquée aux relations internationales. En fait la dynamique de l’histoire contredit le caractère étanche et réducteur de toute classification théorique. En effet, l’actualité quotidienne démontre que les Etats Unis en tant que puissance postmoderne sur le plan réthorique et symbolique, est la puissance géopolitique la plus unilatéraliste et la plus bélliqueuse, par rapport á d’autres Etats occidentaux classés « modernes », qui même en ayant une grande tradition étatique semblent renoncer á la force et á l’accession du statut de puissance. D’autre part, la création de la Cour pénale internationale qui caractérise les relations entre les États postmodernes n’a pas empêché de voir se commettre les pires des atrocités dans des Etats modernes de l’Europe de l’Es, et sous les auspices bienveillants de puissance postmodernes moralisatrices. Il faut aussi remarquer que certain États postmodernes comme l’Autriche, le Canada, l’Australie ou la Belgique privilégient la diplomatie morale. D’autre part, sur les ruines de certains régimes ( Baassistes) arabes laiques et modernes, naissent aujourd’hui des entités pré-modernes etno-confessionnelles anarchiques et transnationales, qui concluent des alliances avec des Etats postmodernes impérialistes. ( alliance entre les islamistes wahhabites et USA). Et si le postmodernisme était lui aussi une idéologie, une grande narration á la fois constructiviste et eschatologique ? La promesse de la société du bien être, de la société d’abondance en tant que salut et but ultime de l’existence, constitue en soi la structure narrative de la nouvelle idéologie dominante du marché. A ce titre , á l’instar de la techno-utopie et du mythe scientiste qui servirent d’arme idéologique de la modernité, le relativisme et l’hyper-individualisme sociétal et culturel, continuent d’homologuer et de naturaliser la vision libre échangiste de l’ordre mondial, la théocratie libérale. Dans le même sens, Fredric Jameson[4], met l’accent sur la signification du moment historique de la pensée postmoderne, et tout en y recherchant la « logique » centrifuge il isncit le postmodernisme dans la dynamique culturelle du capitalisme tardif. La postmodernité serait l’avatar du consommatisme culturel qui correspond bien, depuis la phase fordiste et postindustrielle de l’économie mondiale á l’accomplissement de la phase du capitalisme tardif, cognitif voir de séduction évoqué par Michel Clouscard[5] qui s’appuie sur les ressorts culturels et de la société de spectacle, pour mieux se reproduire en tant que système d’exploitation. Loin d’être un phénomène épistèmologique eépcholal neutre et irréversible ( sui generis ) les aspirations, l’ethos et le fatum postmoderne sert le plus souvent de structure de l’imaginaire et de discours de légitimation á l’idéologie transnationale du marché , lequel est aujourd’hui en passe de réussir lá ou ont échoué les grands recits de la modernite et les idéologies totalitaires, á savoir, rassembler et unifier l’humanité dans une communauté globale. En tant que que nouveau récit mobilisateur, cette narration postmoderne qui remplace le récit agonal hegelo-marxiste des idéologies modernes, s’appuie en apparence non plus sur des mots-d’ordres dogmatique, mais sur une pensée fluide, furtive, fragmentée qui dissémine et dilate son discours permissif et hédoniste, dans les pores de la société de façon indolore et non identifiable. Cette narration s’inscrit dans une logique de fluidité totale que C. Schmitt appelait déjà Glossarium » par analogie á l’élément océanique des Thalassocraties.

 

La pensée postmoderne est indéniablement le fruit d’une condition ( comme l’avance si bien Lyotard) , d’un certain contexte socio-culturel historique d’un Occident consumériste, malade et désoeuvré en crise d’identité., ce que Paul Virilo appelle « la crise de l’entier ». Et pourtant, dans sa renonciation au fondement, elle n’abolit pas pour autant l’imaginaire progressiste de la modernité, puisqu’en glorifiant les simulacres, elle fait l’éloge de l’individu et de la société auto-fondée, sans transcendance te légitimation extérieure. Au bout du compte,   modernité et postmodernité se consument sans être en mesure d’opérer un dépassement quelconque (qu’elles réfutent), dans un double « Gestell » Heideggerien, un double arraisonneent ,l’un utilitaire, technique et l’autre dans la délitation du désir, l’hyper-festif, la complexité et l’ apathie transfigurée ( l’“anesthésie”, selon Lyotard ), constituant une sorte de super-structure ontologique pour l’idéologie dominante du marché. La modernité et la postmodernité annoncent peut être l’âge d’une troisième modertnité confinitaire [6] ou ces deux âges affinitaires, se partagent sans s’opposer, sans possibilité de ré-enchantement et de synthèse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Karl Mannehian, Idéologie et Utopie (1929), Rivière, 1956 (Les Classiques des sciences sociales.)

[2] A. Destutt de Tracy, Mémoire sur la faculté de penser ; De la métaphysique de Kant et autres textes, Fayard, Paris, 1992.

[3] Cooper, Robert, The Postmodern State and the World Order, Londres, Demos, 1996; 2000.

[4]Frederic Jameson, Postmodernism, or The Cultural Logic of Late Capitalism » (New Left Review I/146, July–August 1984; full text behind paywall at NLR; excerpts at marxists.org)

[5] M. Clouscard ,Le Capitalisme de la séduction – Critique de la social-démocratie, Éditions sociales 1981.

[6] Olivier Bobineau, « La troisième modernité, ou « l’individualisme confinitaire » », SociologieS , Théories et recherches, mis en ligne le 06 juillet 2011, consulté le 29 août 2014. URL : http://sociologies.revues.org/3536

Lorsque certains se rient de tout, d’autres tuent pour un rien

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Une phrase de Drieu la Rochelle me vient à l’esprit à l’occasion de l’attentat terroriste contre Charlie Hebdo : « Je craignais le venin de la faiblesse qui est dans la haine et l’accoutumance ».

En effet, derrière l’immersion médiatique émotionnelle, elle permet de prendre du recul. Il n’est certes pas de bon aloi et politiquement correct de citer Drieu, n’en déplaise à tous les censeurs de la République laïque, mais il convient néanmoins de constater que nos bonnes vieilles démocraties libérales ont baissé la garde au moment où l’islamisme djihadiste et la chasse au Daesh, l’Etat islamique, occupent l’ensemble de la communauté internationale. La première faiblesse que redoute Drieu est celle de l’accoutumance qui frise l’anesthésie de l’opinion publique française et européenne aux caricatures vaseuses islamophobes et chrétiennophobes de Charlie Hebdo, comme si le polythéisme et le relativisme des valeurs de la postmodernité républicaine pouvaient justifier, au nom de la prétendue liberté d’expression, toute forme gratuite de profanation et de blasphème à l’égard de ce qui reste encore de sacré pour certaines franges de la population française chrétienne et musulmane.


Cette accoutumance à la satire vindicatrice, sélective et hypocrite qui imprègne les esprits de nos sociétés policées a longtemps été entretenue et nourrie par l’idéologie libérale mondialiste de gauche comme de droite, relayée par les médias officiels et par certains intellectuels droitiers. Ces derniers, comme Michel Houellebecq, versent dans l’islamophobie de supermarché, et leurs écrits en fait dévoilent leur malaise existentiel individuel, de même qu’un certain désœuvrement blasé et cynique d’une certaine élite intellectuelle de droite qui voudrait bien ressembler à Céline, Nimier, Bernanos ou même Drieu, le dandy de droite, désabusé, cynique en panne d’émotion. Et pourtant, cette faiblesse qui est dans l’accoutumance à l’ordre (désordre) sociétal libéral-libertaire cache une profonde ignorance du contexte contemporain voire un contresens historique et temporel. Car même si le rire reste incontestablement une arme politique d’émancipation, ce dernier n’est jamais totalement indépendant d’un certain contexte social et politique, d’un certain espace-temps. A ce titre la parodie, le sarcasme ont toujours existé pour provoquer un questionnement, une manière de prendre de la distance vis-à-vis d’un phénomène social ou politique afin de mieux le critiquer, le soumettre à d’autres regards et positions, afin de mesurer ce qui relève du simulacre voire de l’illusion d’optique que constitue la trame de l’idéologie dominante, de l’ère du temps. A ce titre la parodie, la caricature sont légitimes, mais si l’on se réfère á la généalogie de la satire, on se souvient que la satire d’Aristophane, du Candide de Voltaire, l’humour décapant de Coluche, l’entartrage, ne rompaient jamais le dialogue avec le parodié. Ce qui est problématique avec les caricatures de Charlie Hebdo, au-delà du caractère blasphématoire, que peuvent représenter de tels dessins pour les personnes croyantes, c’est leur caractère exclusif, militant, qui évacue le dialogique, la possibilité d’une réponse, car il ne faut jamais oublier que la satire reste toujours un duel, l’agôn dans la comédie. Bien sûr, l’intégrisme islamiste pose problème et il faut bien sûr le combattre, mais il ne faut pas assimiler les symptômes d’un mal à ses causes réelles et profondes. La montée de l’islamophobie et les satires anti-islamistes de Charlie Hebdo en fait ne résistent pas au travestissement d’une loupe grossissante médiatique, qui voile la responsabilité de l’ordre mondialiste néolibéral dominant qui favorise l’exportation de main-d’œuvre de travail à bon marché, l’immigration massive, l’anomie sociale, la délocalisation des entreprises, le chômage pandémique et l’absence de modèle social et culturel intégrateur. La société, ce n’est pas que de l’économie et de la consommation, car le vivre-ensemble suppose la présence d’un lien social suffisamment stable et représentatif pour constituer un référentiel identitaire commun à toutes les composantes d’une communauté nationale.

La postmodernité occidentale et l’espérance unificatrice du grand marché planétaire constituent une vaste entreprise de désenchantement. Au fur et à mesure que ce désenchantement techno-scientiste et rationaliste désacralise l’existence individuelle et sociale, les religions en tant que refuge, se crispent pour se transformer en idéologies politiques mobilisatrices.

En effet on sait très bien que cette tuerie abjecte et tragique commise par des branquignolles islamistes franco-musulmans (de deuxième ou troisième génération de l’immigration) trouve ses causes dans l’état de délabrement moral, identitaire, social, politique et économique dans lequel se trouve l’ensemble de l’Europe occidentale aveuglée par le mirage du sacrosaint modèle républicain, multiculturel et laïcard, ce même modèle qui de Londres á Paris, en passant par Madrid et Rome, est quotidiennement démenti par la vague de communautarisation ethno-confessionnelle, la ghettoïsation des banlieues et le repli identitaire des minorités.

Or, il faut se rendre á l’évidence. Ces enclaves communautaristes qui vivent le plus souvent de façon autarcique, en tant que véritables pépinières de recrues djihadistes en herbe, sont imperméables aux vœux les plus pieux de la laicité, aux psalmodies droitsdelhommistes et assimilationnistes des oligarchies qui nous gouvernent. La même hypocrisie et inconsistance est flagrante chez ceux qui dans les années 1980 arboraient le « Touche pas à mon pote » et ont soutenu l’immigration massive, les mêmes qui aujourd’hui brandissent le « Je suis Charlie » et tiennent des discours islamophobes. On pourrait dire que les professionnels de l’antiracisme, les bobos de la gauche-caviar deviennent un peu réacs islamophobes. La marche républicaine parisienne en solidarité avec Charlie Hebdo qui certes fera encore pleurer les bobos de l’establishment bourgeois, témoigne de cette aveuglement idéologique et de cette foi jusqu’auboutiste en un modèle identitaire et social moribond et dangereux qui frise le masochisme ethno-national et l’illuminisme fondamentaliste séculier. L’intégrisme islamiste est une contrefaçon de la foi musulmane tout comme le mythe républicain progressiste et égalitariste ainsi que les prétendues valeurs occidentales ne représentent qu’un pastiche fallacieux de l’identité européenne. « Je craignais le venin de la faiblesse qui est dans la haine et l’accoutumance » dixit Drieu. A cette accoutumance, à cette hypocrisie de l’ordre dominant, à la satire libertaire cynique, les djihadistes de banlieue ont répondu par la haine assassine, second aspect de la faiblesse qui frappe l’Europe dans son identité, dans son essence identitaire et historique. Le fondamentalisme religieux islamiste par procuration sur le pavé parisisen répond violemment, par la froide exécution manu militari des mages du fondamentalisme libéral et séculier pour lequel plus rien n’est sacré. Au rire blasphémique et apostat s’est opposée la vengeance religieuse essentialiste et expiatoire.

Bref, lorsqu’on se rit de tout, d’autres peuvent aussi tuer pour un rien. Cette disproportion entre l’action et la réaction, ce grand écart entre la méthode et la réponse employée, témoigne du fossé épistémologique entre deux communautés de pensée, deux visions du monde opposées, une imcompréhension qui nuira sans doute par le jeu de la démonisation le plus aux communautés musulmanes modérées d’Europe. A qui profite le crime ? Ou mieux à qui profite cette faiblesse criminelle ? : à tous ceux qui hypocritement font l’éloge de la démocratie, des droits d l’homme et de la liberté d’expression, tout en approuvant la thèse « du choc de civilisations » entre l’Islam et l’Occident, présenté comme inéluctable et irréversible, voire fatal sur le sol francais, à tous les va-t-en-guerre qui se spécialisent dans l’import-export subversif de scénarios de guerre civile sur le sol européen, bref, à tous ceux qui soutiennent les menées impérialistes et néocolonialistes occidentalo-américaines au Moyen-Orient, dont les répercusssions créent par ricochet des abcès conflictuels inter-ethniques et religieux sur le continent européen. Car il est profondément déplacé et hypocrite d’appeler à la paix, à la liberté d’expression et à l’égalité et donner caution en même temps aux entreprises belliqueuses qui sont menées au nom d’intérêts géostratégiques le plus souvent extra-européens. Par ailleurs, ce tragique événement, son impact psychologique et symbolique profitera sûrement à ceux qui défendent l’uniformisation restrictive et sécuritaire du dispositif de surveillance et de contrôle des citoyens, prévu dans l’accord transatlantique conclu entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Il n’est pas à exclure de voir s’appliquer, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, un Homeland Security européen, qui viendra restreindre les libertés individuelles fondamentales et la sphère privée des citoyens européens.

L’Europe souffre d’une double faiblesse qui provient de l’accoutumance et de la haine, les deux versants de cette faiblesse, le fondamentalisme religieux islamiste et le fondamentalisme séculier du marché néolibéral, accablent et affaiblissent l’Europe dans son identité et son indépendance; pour guérir elle devra pourtant ré-aspirer à la puissance. Drieu en 1945 l’avait compris, il préféra se retirer dans le tintamare et l’ivresse de la victoire.

Jure Vujic
14//01/2015